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Le ministre français des Affaires étrangères accusé de « désinformation » au sujet de Francesca Albanese

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la Palestine, Francesca Albanese. (Archives)

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est accusé de « désinformation » par plus de 150 personnalités, dont une centaine d’ex-diplomates, ministres et ambassadeurs, après qu’il a réclamé la démission de la rapporteuse de l’ONU pour les territoires palestiniens Francesca Albanese.

Dans une lettre ouverte, ce mercredi 18 février, 150 personnalités, dont une majorité d’anciens diplomates néerlandais, mais aussi d’anciens ministres grecs, argentins ou encore danois, « condamnent le recours à des éléments inexacts et manipulés pour discréditer une titulaire d’un mandat indépendant des Nations unies ».

« À l’heure où la désinformation mondiale s’intensifie, il est profondément préoccupant que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, se soit appuyé sur des contenus manipulés et les ait amplifiés dans ses propos concernant Mme Francesca Albanese », indique la lettre.

La polémique a éclaté après que Barrot a demandé la semaine dernière la démission d’Albanese suite à des propos qu’elle aurait tenus sur Israël lors d’une conférence sur Gaza.

La critique de Barrot, reprise par la suite par d’autres pays comme l’Allemagne, s’appuyait sur une « version numériquement déformée » de son discours, souligne la lettre.

Les anciens responsables ont averti que lorsqu’un haut responsable répète un contenu contesté ou manipulé, cela soulève de « sérieuses préoccupations » quant aux normes de vérification et à la protection des titulaires de mandats indépendants de l’ONU.

« Ce problème dépasse le cadre de tout titulaire de mandat individuel. Il soulève des préoccupations plus générales quant à l’intégrité des institutions multilatérales et à la responsabilité des États membres de veiller à ce que les experts de l’ONU puissent exercer leurs mandats sans ingérence politique ni désinformation », indique la lettre.

Les signataires ont souligné que la désinformation érode la confiance dans les instances multilatérales et creuse les divisions entre les États membres. Ils ont ajouté que les responsables publics ont une responsabilité accrue de vérifier l’information et de faire preuve de retenue lorsqu’ils s’adressent aux experts de l’ONU.

Ils ont également averti que ce différend ne devait pas détourner l’attention de la crise humanitaire à Gaza, où plus de deux années de guerre génocidaire israélienne ont causé la mort de plus de 72 000 Palestiniens et détruit de vastes portions du territoire palestinien assiégé.

« Cette controverse ne doit pas détourner l’attention des massacres de civils et de la crise humanitaire et des droits de l’homme catastrophique qui sévit à Gaza. Les dirigeants ont une responsabilité collective, en vertu du droit international, de protéger les civils, de prévenir de nouvelles atrocités et de garantir que les responsables rendent des comptes », indique la lettre.

Le groupe a appelé le ministère des Affaires étrangères à retirer et à corriger ses déclarations inexactes concernant Albanese. Il a également exhorté Paris à réaffirmer son engagement en faveur de l’indépendance des titulaires de mandat de l’ONU.

Le différend porte sur une allocution vidéo prononcée par Albanese lors du Forum des médias d’Al-Jazeera à Doha début février. Dans son discours, elle a déclaré que « le droit international a été poignardé en plein cœur » et a ajouté : « Nous constatons désormais que l’humanité a un ennemi commun. »

Le régime israélien et ses partisans ont prétendu que l’expression « ennemi commun » désignait le régime. Une version abrégée de la vidéo a circulé en ligne avant que Barrot ne soulève la question au Parlement.

Albanese a rejeté cette interprétation. Elle a ensuite publié l’intégralité de son discours et a précisé : « L’ennemi commun de l’humanité est LE SYSTÈME qui a permis le génocide en Palestine », ainsi que « le capital financier qui le finance, les algorithmes qui le dissimulent et les armes qui le rendent possible. »

Des analyses ultérieures ont indiqué que l’extrait cité par Barrot avait été modifié à l’aide de coupes et d’outils d’intelligence artificielle.

La vidéo modifiée a été largement diffusée par UN Watch, un soi-disant groupe de défense des droits d’Israël qui affirme lutter contre les « préjugés anti-israéliens à l’ONU » et qui a fait campagne pour sanctionner Albanese et couper les fonds à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens.

Plus tôt ce mois-ci, Washington a imposé des « sanctions de niveau terroriste » à Albanese et au personnel de la Cour pénale internationale après qu’elle a déclaré que de grandes entreprises technologiques américaines étaient complices du génocide à Gaza.

L’ONU a condamné cette mesure, la qualifiant d’illégale, et a averti que le ciblage de responsables impliqués dans des enquêtes sur des crimes de guerre pourrait nuire au système international des droits de l’homme.

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV